Vrais et faux risques de l’intelligence artificielle
Ceux qui suivent depuis un moment les développements de l’intelligence artificielle (IA) l’auront noté : c’est de manière cyclique que surgissent d’une part les bouquets de promesses, de l’autre les peurs et les doutes. Ainsi la décennie 2010 aura suscité tous les espoirs, après la sortie d’un long « hiver de l’IA » et l’émergence des modèles d’apprentissage profond. Dès 2015, une rafale de critiques vient néanmoins plomber l’ambiance, pointant les controverses sociotechniques liées à ces progrès, le tout alimenté de nombreux ouvrages en sciences humaines et en France, la publication du très lu Rapport Villani. Un nouveau cycle de promesses s’amorce à l’orée de l’année 2023, avec le déploiement des grands modèles de langage, aussitôt suivi de questionnements quant à leurs impacts social et environnemental. De ce mouvement de balancier, nous pourrions espérer une plus grande maturité collective dans l’appréhension commune des enjeux liés à l’IA. Celle-ci est loin d’être acquise. Dans la cacophonie médiatique comme dans le fond des sujets, l’appréhension et la hiérarchisation des risques de l’intelligence artificielle vise souvent à côté, et les réponses aux antédiluviennes questions sur les dégâts du progrès sont toujours attendues. Nous souhaitons avec ce texte, réarmer le débat sur l’ia en portant l’attention – un peu arbitrairement peut-être – sur cinq angles morts qui le polluent actuellement.